L’inceste ne se transmet pas comme un héritage ordinaire. Ce qui voyage d’une génération à l’autre, c’est surtout le silence qui l’entoure, et c’est précisément sur ce silence que la psychogénéalogie peut travailler.
Cet article explique comment ce silence s’organise dans une famille, ce que l’on peut observer dans un génosociogramme, et vers qui se tourner lorsque l’on est concerné.
En résumé
L’inceste est une violence sexuelle commise au sein de la famille. L’enfant n’en est jamais responsable : seul l’auteur l’est.
La psychogénéalogie ne cherche pas la cause du passage à l’acte. Elle observe la façon dont le silence, la honte et la loyauté s’organisent autour de lui, parfois sur plusieurs générations.
Le génosociogramme aide à repérer ces répétitions et à mettre des mots sur ce qui n’en a jamais eu, en complément, et jamais à la place, d’un suivi psychologique ou psychotraumatologique.
Qu’est-ce que l’inceste, et pourquoi en parler en psychogénéalogie ?
On parle d’inceste lorsqu’un adulte de la famille, ou une personne qui exerce une autorité sur l’enfant au sein du foyer, commet des violences sexuelles sur un mineur. L’âge de l’enfant comme la relation d’emprise rendent tout consentement impossible.
Pourquoi aborder ce sujet en psychogénéalogie ? Parce que l’inceste est rarement un événement isolé qui n’aurait de sens que pour la personne qui l’a subi. Il s’inscrit dans une histoire familiale où l’on se tait, où l’on détourne le regard, où l’on protège « la famille » avant de protéger l’enfant. Les personnes qui consultent n’en parlent d’ailleurs presque jamais en premier : elles évoquent une angoisse, une difficulté à faire confiance, un couple qui se tend, une peur inexpliquée pour leurs propres enfants.
Il est important de le dire clairement : regarder le fonctionnement d’une famille ne revient jamais à partager la responsabilité des faits. Il s’agit de comprendre pourquoi personne n’a pu parler, pas de chercher qui aurait « laissé faire ».
Ce que dit la loi en France
La loi du 21 avril 2021 a créé le crime de viol incestueux sur un mineur et fixé un seuil clair : avant 18 ans, dans un contexte incestueux, la question du consentement ne se pose pas. L’article 222-22-3 du code pénal précise les liens familiaux concernés. Pour les crimes sexuels commis sur un mineur, le délai pour porter plainte court jusqu’aux 48 ans de la victime. Un avocat ou une association spécialisée peut vous renseigner sur votre situation.
Comment le silence se transmet d’une génération à l’autre
En analyse transgénérationnelle, on distingue ce qu’une famille a pu raconter et mettre en mots de ce qui est resté brut, impossible à transformer en récit. L’inceste relève presque toujours de la seconde catégorie.
Plusieurs mécanismes se combinent :
- Le non-dit devient un mode de fonctionnement. Certains sujets n’ont jamais été interdits explicitement, mais chacun sait qu’on ne les aborde pas. L’enfant le comprend avant même de savoir en parler.
- La loyauté invisible. Le terme vient des travaux d’Ivan Böszörményi-Nagy : on reste fidèle à sa famille de façon inconsciente, parfois au prix de sa propre sécurité.
- Le clivage et la dissociation. Pour survivre à ce qui est impensable, l’enfant sépare ce qu’il vit de ce qu’il ressent. Adulte, il peut décrire des faits sans émotion, ou ressentir une émotion sans en connaître l’origine.
- La répétition de certains fonctionnements. Une génération qui n’a pas pu protéger, ou être protégée, transmet parfois une vigilance défaillante ou, à l’inverse, une inquiétude envahissante.
Un secret de famille agit alors comme une pièce manquante dans un puzzle : on ne la voit pas, mais tout le reste s’organise autour de son absence.
Secrets de famille : comment ils se transmettent et comment les aborder
Ce que l’on repère dans un génosociogramme
Un génosociogramme ne prouve rien à lui seul, et il n’a pas vocation à désigner qui que ce soit. Il permet en revanche de rendre visibles des éléments qui, éparpillés dans la mémoire familiale, passaient inaperçus :
- une grande différence d’âge entre conjoints, ou des générations qui se chevauchent ;
- un membre de la famille parti brutalement, placé ou éloigné à l’adolescence, sans que l’on sache pourquoi ;
- des ruptures de fratrie ou des brouilles dont personne ne donne la raison ;
- des prénoms répétés, qui entretiennent une confusion entre les générations ;
- des familles très soudées, où chacun vit sur le même territoire et où l’intimité de l’un appartient un peu à tous : on parle alors de climat incestuel, sans qu’il y ait nécessairement passage à l’acte ;
- des dates qui reviennent : une période difficile qui coïncide avec l’âge auquel un aîné a vécu quelque chose, ce que l’on appelle une réaction d’anniversaire.
Ces indices sont des pistes de questionnement, jamais des certitudes. Ils invitent à vérifier les faits, à recouper les actes et les témoignages, et surtout à avancer au rythme de la personne.
Génogramme et génosociogramme : définition, différences et utilité en séance
Trois situations types en séance
Claire, 39 ans : une angoisse liée à l’âge de sa fille
Claire consulte pour des crises d’angoisse apparues au moment de la rentrée de sa fille en CM1. En construisant son génosociogramme, elle s’aperçoit que sa propre grand-mère avait été envoyée chez une tante vers neuf ans, sans que la famille ne l’ait jamais expliqué. La séance ne cherche pas à déterminer ce qui s’est passé : elle permet à Claire de nommer une inquiétude héritée, et de la distinguer de ce qu’elle observe réellement chez sa fille.
Julien, 44 ans : la loyauté qui empêche d’alerter
Julien ne supporte pas l’idée que son fils dorme chez son grand-père, et se sent ingrat de ressentir cela. Il décrit une famille où l’on ne parle pas de ces sujets et où ce grand-père est entouré de beaucoup d’égards. Le travail porte sur le conflit entre sa loyauté envers les siens et son rôle de père, qui est de protéger son enfant. Lorsque des éléments plus personnels affleurent, je l’oriente vers un psychologue ou un professionnel du psychotraumatisme, pour que cette parole soit accueillie dans un cadre adapté.
Sophie, 51 ans : la « fragile » de la famille
Sophie ne connaît de sa tante Odile que quelques phrases : « elle était fragile », « elle a toujours été compliquée ». Le génosociogramme montre que cette tante a quitté le domicile familial à quinze ans, et qu’un prénom, celui de la grand-mère, se retrouve chez trois cousines. Sophie comprend peu à peu comment la famille a fini par présenter comme « compliquée » celle qui, peut-être, avait quelque chose à dire. Elle choisit ensuite d’interroger ses aînés, ou de ne pas le faire : ce choix lui appartient entièrement.
Les exemples présentés dans cet article sont des situations types, reconstituées pour illustrer le propos, dans le respect de la confidentialité de mon accompagnement.
Ce que la psychogénéalogie peut apporter, et ses limites
Un travail transgénérationnel peut aider à :
- comprendre d’où viennent certaines peurs, certaines culpabilités ou certains silences, et en alléger le poids ;
- distinguer ce qui vous appartient de ce que vous portez pour d’autres ;
- repérer les manières de protéger, ou de ne pas protéger, qui ont circulé dans la famille ;
- retrouver une place juste dans votre famille, sans avoir à vous taire pour en faire partie.
Ce travail a aussi des limites, et il est important de les connaître. La psychogénéalogie ne pose aucun diagnostic, n’établit pas de vérité judiciaire et ne remplace ni une prise en charge psychologique, ni un suivi médical. Elle ne cherche pas à faire revenir des souvenirs : si des éléments traumatiques émergent, ils méritent un accompagnement spécialisé. Enfin, elle s’appuie toujours sur des éléments vérifiables, actes, dates, témoignages, afin de ne jamais transformer une hypothèse en accusation.
Dangers de la psychogénéalogie : les dérives à connaître et comment s’en protéger
Vous êtes concernée ou concerné : vers qui vous tourner
Si vous avez vécu des violences sexuelles dans l’enfance, ou si vous vous inquiétez pour un enfant, vous n’avez pas à porter cela seule ou seul. Ces interlocuteurs sont là pour cela, y compris pour des faits anciens.
Où trouver de l’aide
- 119, Allô enfance en danger : gratuit, 24 h/24 et 7 j/7, il répond aussi aux adultes inquiets pour un mineur.
- 17 en cas de danger immédiat pour un enfant.
- 116 006, France Victimes : écoute et information gratuites pour toute victime, 7 j/7.
- 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, jour et nuit.
- Votre médecin, ou un psychologue formé au psychotraumatisme, pour un accompagnement à votre rythme.
- Des associations spécialisées, comme Face à l’inceste, qui proposent écoute et orientation.
La psychogénéalogie vient en complément de ces démarches, pour travailler la dimension familiale une fois que vous vous sentez en sécurité. Les séances durent une heure, en visio. Elles ne remplacent pas un suivi médical ou psychologique, et je ne pose aucun diagnostic.
Mettre des mots sur ce qui n’en avait pas
Si cet article fait écho à votre histoire, en parler dans un cadre bienveillant est souvent un premier pas précieux. L’appel découverte, offert et par téléphone, permet de faire connaissance et de voir si cet accompagnement vous correspond.



