Rejouer les mêmes ruptures que sa mère, les mêmes difficultés d’argent que son grand-père, les mêmes brouilles d’une génération à l’autre : lorsque des histoires semblent se répéter dans une famille, l’idée d’un « nettoyage transgénérationnel » peut être tentante. L’expression circule beaucoup, souvent avec la promesse de « nettoyer » son arbre et de se débarrasser des mémoires de ses ancêtres.
Cette promesse mérite d’être regardée de près. La psychogénéalogie et l’analyse transgénérationnelle ne nettoient rien : elles proposent de comprendre ce qui a pu se transmettre dans votre famille, pour que vous puissiez faire vos propres choix. C’est plus modeste, et c’est plus honnête.
En résumé
Le « nettoyage transgénérationnel » n’est ni une méthode définie ni une pratique reconnue : l’expression regroupe des approches très différentes, dont certaines n’ont aucun fondement.
Aucune démarche ne peut effacer une histoire familiale, ni « libérer » des mémoires qui seraient inscrites dans les cellules.
La psychogénéalogie propose un travail de compréhension : repérer les répétitions, les non-dits et les loyautés familiales, puis les mettre en mots.
Que désigne le « nettoyage transgénérationnel » ?
Le terme ne correspond à aucune méthode précise. On le retrouve pour parler de pratiques très variées : rituels, soins dits « énergétiques », constellations familiales, « décodage » de symptômes, ou simplement travail sur l’arbre généalogique. Certaines de ces pratiques sont proposées par des professionnels formés et prudents, d’autres promettent beaucoup sans rien pouvoir démontrer.
Le mot « nettoyage » lui-même pose question. Il laisse entendre que votre histoire familiale serait une salissure à faire disparaître, et qu’une intervention extérieure pourrait vous en débarrasser en quelques séances. Or ce que vous avez reçu de votre famille ne s’efface pas : il peut en revanche être compris, remis en perspective, et peser moins lourd dans vos choix.
Ce que la recherche permet de dire, et ce qu’elle ne dit pas
On lit souvent que la science aurait « prouvé » la transmission des traumatismes entre générations, par l’épigénétique ou une « mémoire cellulaire ». La réalité est plus nuancée.
- Des travaux en épigénétique, menés surtout chez l’animal, suggèrent que certaines expériences de stress pourraient influencer la biologie des générations suivantes. Chez l’être humain, les études sont encore peu nombreuses, portent souvent sur de petits groupes et font débat.
- Aucune de ces recherches ne montre que des souvenirs, des peurs précises ou des « schémas » de vie se transmettraient par les gènes.
- La « mémoire cellulaire » et les « nœuds énergétiques » ne correspondent à aucune réalité scientifique établie.
Ce qui est bien documenté, en revanche, c’est la transmission par les relations : la manière dont une famille parle, ou ne parle pas, de ses épreuves, les rôles que chacun y occupe, les attentes et les silences qui passent d’une génération à l’autre. C’est sur ce terrain que travaille la psychogénéalogie.
Psychogénéalogie et sciences : ce que disent les recherches
Les répétitions familiales : ce que l’on peut observer
Certaines familles voient revenir, d’une génération à l’autre, des situations qui se ressemblent : des histoires de couple qui se terminent de la même façon, une peur de manquer d’argent qui persiste malgré une situation stable, des conflits entre frères et sœurs qui semblent rejouer ceux des parents.
Ces ressemblances ne sont pas toujours significatives : certaines relèvent du hasard, d’autres d’un contexte social ou économique commun. Mais il arrive qu’elles aient un sens dans l’histoire familiale, et qu’il soit utile de s’y arrêter.
Les loyautés familiales invisibles
Le psychiatre Ivan Böszörményi-Nagy a décrit, dans les années 1970, les « loyautés invisibles » : des fidélités inconscientes qui peuvent conduire à reproduire le parcours d’un parent ou d’un aïeul, ou à s’interdire de réussir là où il a échoué. Anne Ancelin Schützenberger a ensuite largement fait connaître ces notions en France avec son livre Aïe, mes aïeux !.
Les secrets et les deuils non faits
Un secret de famille, un deuil qui n’a pas pu être vécu ou une injustice jamais reconnue peuvent laisser, chez les descendants, un malaise difficile à situer. Ce n’est pas l’événement lui-même qui se transmet, mais le silence et la gêne qui l’entourent.
Reconnaître un schéma répétitif transgénérationnel
Ce que la psychogénéalogie propose à la place d’un « nettoyage »
Retracer l’histoire de votre famille
Le génosociogramme est un arbre généalogique enrichi des événements marquants de chaque génération : naissances, unions, séparations, deuils, migrations, maladies. Il aide à repérer les répétitions, les coïncidences de dates et les zones de silence.
Mettre des mots sur ce qui a été tu
Rechercher des informations, interroger ses proches quand c’est possible, formuler des hypothèses et les confronter à ce que l’on apprend : ce travail permet de donner une place à des événements longtemps passés sous silence.
Distinguer ce qui vous appartient de ce que vous avez reçu
Comprendre d’où vient une peur, une attente ou une manière de faire ne la fait pas disparaître du jour au lendemain. Mais cela permet souvent de s’en distancier, et de décider plus librement de ce que l’on souhaite garder ou non.
Un exemple pour comprendre
Une femme remarque qu’elle quitte systématiquement ses emplois au bout de deux ans, sans vraie raison. En construisant son génosociogramme, elle découvre que son père et son grand-père ont tous deux connu une faillite, dont on ne parlait qu’à demi-mot. Rien n’est « nettoyé » : mais le fait de relier son malaise à cette histoire l’aide à regarder autrement sa propre peur de s’installer.
Les exemples présentés dans cet article sont des situations types, reconstituées pour illustrer le propos, dans le respect de la confidentialité de mon accompagnement.
Comment reconnaître un accompagnement sérieux ?
Le champ du transgénérationnel est peu encadré. Quelques signaux doivent vous alerter, quelle que soit l’approche proposée :
- une promesse de guérison, de résultat rapide ou de « libération » définitive ;
- l’idée qu’une maladie aurait une cause cachée dans votre arbre généalogique ;
- le conseil d’arrêter un traitement ou de ne pas consulter un médecin ;
- l’incitation à rompre avec votre famille ou vos proches ;
- des rituels ou des stages coûteux présentés comme indispensables.
Un professionnel sérieux vous explique sa formation, son cadre et les limites de son approche. Il ne pose aucun diagnostic et vous laisse libre d’arrêter à tout moment.
Les dérives de la psychogénéalogie à connaître
Comment se déroule un travail en psychogénéalogie ?
Les séances durent une heure, en visio, et ont lieu toutes les trois à quatre semaines, pour laisser à ce qui émerge le temps de faire son chemin. Nous faisons le point régulièrement, sans engagement de durée. Le travail s’appuie sur la parole et sur la construction de votre génosociogramme.
Cet accompagnement ne remplace pas un suivi médical ou psychologique. Je ne suis pas médecin et je ne pose aucun diagnostic. Si vous traversez une période de grande détresse, parlez-en d’abord à votre médecin.
En cas de pensées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7.
Comprendre votre histoire familiale, à votre rythme
Si certaines répétitions vous interrogent, l’appel découverte, offert et par téléphone, permet de faire connaissance et de voir si cet accompagnement vous correspond.



