Vous avez déménagé sept fois en dix ans sans jamais vous sentir vraiment chez vous ? Ou, au contraire, l’idée de quitter la maison familiale, la ville ou la région où vous avez grandi vous paraît tout simplement impossible ?
Ces choix tiennent le plus souvent à votre parcours, à votre travail, à vos moyens. La psychogénéalogie propose d’y ajouter un éclairage : regarder où vos ancêtres sont nés, ont vécu, sont partis ou n’ont jamais pu partir, et se demander ce qui, de cette histoire, se rejoue peut-être dans votre manière d’habiter.
En résumé
La psychogénéalogie des lieux de vie s’intéresse aux lieux traversés, quittés ou jamais quittés par vos ancêtres, et à ce qu’ils peuvent changer à votre rapport à la maison, au déménagement ou au départ.
Migration choisie, exil, exode ou sédentarité sur plusieurs générations ne laissent pas les mêmes traces : les conditions du déplacement comptent autant que le déplacement lui-même.
En séance, le génosociogramme et une carte des déplacements familiaux aident à repérer ces mouvements, à les replacer dans leur contexte historique et à distinguer ce qui vous appartient de ce que vous portez pour d’autres.
Qu’est-ce que la psychogénéalogie des lieux de vie ?
La psychogénéalogie et l’analyse transgénérationnelle partent d’une idée : l’histoire de votre famille, même quand elle n’a pas été racontée, peut influencer la façon dont vous vivez, choisissez et vous situez. Dans cette approche, les lieux ne sont pas un simple décor. Une naissance, un mariage, un décès, un départ ont toujours un « où ». C’est pourquoi les lieux de naissance, de mariage et de décès, mais aussi les adresses et les déménagements, figurent sur le génosociogramme, cet arbre familial enrichi des événements marquants.
Christine Ulivucci, psychothérapeute qui pratique la psychothérapie analytique et transgénérationnelle à Paris, a consacré un livre à ce thème : Psychogénéalogie des lieux de vie. Ces lieux qui nous habitent (Payot, 2008, réédité en poche en 2017). Elle s’y demande pourquoi certains lieux nous attirent et d’autres nous repoussent, pourquoi on s’attache à une maison plutôt qu’à une autre, pourquoi il est si difficile pour les uns de s’investir quelque part et si compliqué pour les autres de déménager. Sa réponse tient en une invitation : chercher, dans l’arbre familial, les événements qui ont fait que nous sommes nés à tel endroit et que nous vivons à tel autre.
Comment un lieu de vie peut-il raconter l’histoire d’une famille ?
La maison, miroir de notre façon d’habiter la vie
Selon Christine Ulivucci, la manière dont on investit un lieu fait écho à notre façon d’être au monde. Lorsque l’histoire familiale transmet une peur du dehors ou le sentiment d’un danger permanent, on retrouve parfois des habitats où l’on se replie, des intérieurs figés et très réglés. À l’inverse, certains espaces laissent circuler le dedans et le dehors, et accompagnent un va-et-vient plus souple entre soi et le monde.
Il s’agit d’hypothèses de lecture, pas de règles. Une maison rangée ou désordonnée ne prouve rien à elle seule. Elle peut en revanche ouvrir une question.
La place qui nous a été accordée
La façon d’occuper l’espace peut aussi dire la place que l’on s’accorde, et celle que l’on nous a laissée dans la famille. Un enfant qui n’a jamais eu de chambre ni d’intimité peut, devenu adulte, avoir du mal à habiter un lieu, comme s’il n’en avait pas le droit.
Ne pas trouver sa place : quand l’histoire familiale pèse sur votre identité
Louer, acheter, rénover : des choix chargés d’histoire ?
Pourquoi certaines personnes refusent-elles d’acheter alors qu’elles en ont les moyens, avec cette phrase : « à quoi bon, il faudra partir » ? Pourquoi n’investissent-elles rien dans l’aménagement d’un logement qui reste toujours provisoire ? Et pourquoi d’autres veulent-elles acheter à tout prix, ou ne peuvent-elles pas quitter la maison de leurs parents ?
Les raisons financières, professionnelles ou personnelles pèsent évidemment lourd. La psychogénéalogie ne les remplace pas : elle ajoute une question, celle de ce que ces lieux et ces départs ont représenté pour les générations d’avant.
Des pistes de réflexion, pas des preuves
La psychogénéalogie des lieux de vie est une approche clinique, née de l’observation en séance. Ses hypothèses n’ont pas été démontrées, et un déménagement, un achat ou un attachement à une maison s’expliquent souvent très bien par le présent. Pour faire le point, vous pouvez lire ce que disent les recherches scientifiques et les dérives à connaître.
Migration, exil, exode : des départs qui ne laissent pas les mêmes traces
On emploie souvent ces mots l’un pour l’autre. Ici, la différence compte, parce qu’elle change ce qui se transmet.
- La migration : un départ pour s’installer ailleurs, temporairement ou durablement, le plus souvent pour des raisons économiques ou familiales. Elle porte une part de projet : c’est le « je m’en vais ».
- L’exil : un départ pour échapper à une persécution. La survie est en jeu, et le départ se fait souvent dans l’urgence. Le message est tout autre : « pars ou tu meurs ».
- L’exode : le départ massif d’une population. L’exode rural en est un exemple. Celui de 1940, lorsque l’armée allemande a envahi la Belgique, les Pays-Bas et une grande partie de la France, a jeté sur les routes entre 8 et 10 millions de personnes.
- La diaspora : la dispersion d’un peuple chassé de son territoire, dont les membres gardent des liens entre eux par-delà les frontières.
Les exils collectifs de l’histoire récente en donnent une idée : entre 1962 et 1965, environ un million de Français d’Algérie sont arrivés en France, dont près de 800 000 dès 1962.
Quatre moments à regarder dans le chemin d’un ancêtre
- Le départ : qui part, une personne seule, un couple, toute une famille ? Pourquoi (guerre, misère, catastrophe naturelle, conflit familial, honte, amour interdit) ? Que prend-on avec soi, et que laisse-t-on : la langue, la maison, les tombes, le métier ?
- Le trajet : les moyens de transport, la durée, les épreuves rencontrées en chemin.
- L’arrivée : le choc des cultures, l’apprentissage d’une langue, le statut d’étranger, les papiers ou leur absence. C’est aussi le moment d’un choix, entre s’inscrire dans un nouveau groupe sans renoncer à sa culture, ou laisser la culture d’origine s’effacer.
- Le retour, possible ou non : la nostalgie, le désir de revoir le pays, la retraite sur place, ou un retour devenu impossible pour des raisons politiques, voire parce que le pays n’existe plus.
Christine Ulivucci avance une hypothèse utile : quand un déplacement est librement choisi et s’inscrit dans un projet de vie, sa mémoire se transmet plutôt comme une mémoire de mouvement. Quand il a été forcé ou qu’il s’est accompagné d’un drame, cette mémoire peut peser et freiner le mouvement chez les descendants. De quoi regarder non seulement le départ, mais ses circonstances.
Ce qui se transmet, ou ne se transmet pas
Deux écueils reviennent souvent. Le défaut de transmission : pour s’intégrer, pour oublier ou parce que c’était trop douloureux, on ne raconte plus d’où l’on vient, et les générations suivantes perdent la langue et le lien avec le pays quitté. Le trop-plein de transmission : la famille entretient la mémoire du pays d’origine de façon envahissante. Entre les deux, vous pouvez vous demander ce qui est parvenu jusqu’à vous : une langue, une cuisine, une musique, une religion, des objets, un prénom.
Secrets de famille : comment ils se transmettent et comment les aborder
Trois générations, trois enjeux
Les praticiens décrivent souvent ce schéma, qui reste un repère et non une règle :
- la première génération lutte pour sa survie et pour trouver sa place, avec la douleur d’avoir coupé les liens ;
- la deuxième a souvent pour mission de s’intégrer : le nom est parfois modifié, un prénom bien français est donné, le pays d’origine passe au second plan, par choix ou par nécessité ;
- la troisième est fréquemment rattrapée par la question des origines. Bien intégrée, mais sensible à ses racines, elle peut se sentir partagée entre deux cultures. Le choix d’un conjoint venu du pays d’origine, le retour d’un prénom ou un métier lié à ces racines en sont des manifestations possibles.
Quand on ne cesse de partir, quand on ne peut pas partir
Les mouvements d’une famille peuvent se rejouer de deux manières opposées.
Quand on ne cesse de partir
- une difficulté à s’investir dans un lieu ou une maison ;
- des déménagements répétés ;
- le refus d’acheter : « à quoi bon, il faudra partir » ;
- un sentiment de provisoire, celui de n’être jamais vraiment chez soi.
Quand on ne peut pas partir
- une difficulté à quitter son lieu de vie, un déménagement impossible ou toujours repoussé ;
- un conflit de loyauté et de la culpabilité dès que l’on cherche à s’éloigner, parfois accompagnés d’un sentiment d’abandon ;
- une difficulté à même imaginer vivre ailleurs ;
- lorsque les départs de la famille ont été associés à un drame, exil ou déportation, une immobilité qui protège, comme si sortir de chez soi représentait un danger.
Les familles très sédentaires méritent le même regard : agriculteurs, commerçants dont la boutique se transmet, maisons de famille, plusieurs générations sous le même toit. On peut alors se demander qui hérite des maisons et des terres, si les femmes partent davantage au moment du mariage, qui prend en charge le patrimoine, si les mariages se font toujours dans le même milieu ou la même région, et comment la famille parle de ceux qui sont partis : une réussite, un échec, une trahison ?
Enfin, certains lieux imposent l’immobilité : prisons, hôpitaux psychiatriques, sanatoriums, pensions, camps d’internement. Des praticiens observent qu’une mémoire d’enfermement vécue par des ancêtres peut se réveiller lors d’un événement qui y fait écho, comme un confinement. Là encore, c’est une observation, pas une certitude.
Syndrome d’anniversaire : quand une date ou un âge se répètent
Un exemple pour comprendre
Camille, 38 ans, loue le même appartement depuis quinze ans. Elle pourrait acheter, mais elle y renonce chaque fois en se disant : « À quoi bon, il faudra partir. » En construisant son génosociogramme, elle place les lieux de vie de chaque génération et découvre qu’un arrière-grand-père a quitté l’Algérie en 1962 avec une seule valise, et que sa famille n’en parlait jamais. Mettre des mots sur ce départ lui permet de faire la part entre sa propre prudence et une crainte venue d’avant elle. Elle peut alors décider, plus librement, d’acheter ou non.
Les exemples présentés dans cet article sont des situations types, reconstituées pour illustrer le propos, dans le respect de la confidentialité de mon accompagnement.
Comment explorer vos lieux de vie, chez vous
Voici une démarche simple pour commencer. Elle ne remplace pas un accompagnement, mais elle permet déjà de repérer des mouvements.
- Dressez la liste des lieux : naissance, mariage, décès et adresses connues de chacun de vos ancêtres. L’état civil et les archives peuvent vous y aider, comme l’explique le guide des recherches généalogiques.
- Reportez-les sur votre arbre, avec les dates et l’âge de chacun au moment des départs.
- Observez : voyez-vous des déplacements ou de la sédentarité ? Qui part, à quel âge, dans quelle situation ? Des départs ont-ils lieu à la même date ou au même âge ?
- Replacez chaque mouvement dans son contexte : que se passait-il à cette époque dans ce village, cette ville, ce pays (guerre, crise, famine, exode rural, service militaire, partage inégal des terres) ?
- Tracez les déplacements sur une carte de France, d’Europe ou du monde. Vous pouvez utiliser des fils de couleur, un pour la branche paternelle, un pour la branche maternelle, puis ajouter vos propres lieux de vie et vos déménagements.
- Posez-vous quelques questions : qui est le premier enfant né sur la terre d’accueil ? Qui est resté, qui s’est éloigné ? Quels récits entourent ces personnes ?
Un exercice complémentaire, proposé par Christine Ulivucci, consiste à dessiner votre maison et ses plans : une pièce oubliée, des portes ou des fenêtres absentes, des espaces trop grands ou trop étroits peuvent faire émerger des questions. Là encore, ce sont des pistes, pas des interprétations définitives.
Si ce que vous découvrez vous bouleverse
Un exil, une violence, une filiation cachée : certaines découvertes remuent beaucoup. Mieux vaut ne pas rester seule ou seul avec cela. Parlez-en à un professionnel et, si besoin, à votre médecin. En cas de pensées suicidaires, le 3114 répond gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7.
Des lieux qui sont aussi des ressources
Les lieux de vie de vos ancêtres ne sont pas seulement des empêchements. Terres quittées ou jamais quittées, ils peuvent aussi être une réserve de forces : une capacité d’adaptation, un savoir-faire, une langue, un attachement à un pays ou à un paysage.
En séance, nous construisons ensemble votre génosociogramme et, souvent, cette carte des déplacements. Les séances durent une heure, en visio. Elles ne remplacent pas un suivi médical ou psychologique, et je ne pose aucun diagnostic.
Comment faire votre génosociogramme : le guide pas à pas
Et si vous commenciez par en parler ?
Si ces questions de lieux, de départs ou de racines vous accompagnent depuis longtemps, l’appel découverte, offert et par téléphone, permet de faire connaissance et de voir si cet accompagnement vous correspond.



