Motifs de consultation en psychogénéalogie

Psychogénéalogie et métiers : ce que le travail de vos ancêtres dit de votre propre parcours

Même métier que son père, reconversion tardive, réussite qui ne fait pas se sentir à sa place : ce que le travail de vos ancêtres peut éclairer de votre trajectoire professionnelle.

Portrait de Mélissa Tellaa Mélissa Tellaa 11 min de lecture

Vous faites le même métier que votre père, sans trop savoir si vous l’avez vraiment choisi ? Vous avez tout quitté après dix ans de carrière pour changer de voie ? Ou vous réussissez, sans jamais vous sentir à votre place là où vous êtes arrivé ?

Le métier que l’on exerce dépend d’abord de nos études, de nos goûts et du marché du travail. La psychogénéalogie propose d’y ajouter une question : qu’ont fait vos ancêtres de leurs journées, dans quelles conditions, et qu’est-ce qui s’en est transmis, dit ou tu, jusqu’à votre propre parcours ?

En résumé

En psychogénéalogie, les métiers sont un repère, comme les prénoms ou les dates : on regarde les métiers eux-mêmes, mais aussi la façon dont le travail a été vécu et raconté dans la famille.

Un métier peut prolonger celui d’un ancêtre, répondre à une souffrance de l’arbre ou s’y opposer. Ce sont des pistes de réflexion, jamais des équivalences automatiques.

Sans contexte historique et social, la lecture est faussée : lois du travail, exode rural, industrialisation ou statut des femmes pèsent autant que l’histoire familiale.

Pourquoi les métiers comptent-ils en psychogénéalogie ?

Le métier est, avec les prénoms et les dates, l’un des repères que l’on reporte sur le génosociogramme. Il dit un mode de vie, un statut social, parfois un rapport à l’argent, à la fatigue, à la dignité. Dans un article de la Revue française de Généalogie (juin-juillet 2011), Véronique Tison invite à regarder deux choses : les métiers eux-mêmes, et la perception du travail telle qu’elle a été transmise dans la famille. Chez vous, travailler, était-ce « se tuer à la tâche » ou « la santé » ?

En généalogie, on connaît souvent les métiers de ses ancêtres sur six générations, parfois davantage. On ne sait pas s’ils étaient heureux au travail, la question ne se posait guère. En revanche, l’évolution sociale et économique de la famille, et ce qui s’est transmis, sont autant d’indices à explorer.

Comment lire les métiers de votre arbre ?

Dans quelles conditions travaillait-on ?

Au XVIIIe siècle, la plupart de nos ancêtres travaillaient la terre. Mais pas tous dans la même situation : propriétaires, laboureurs possédant leurs attelages, manouvriers ou journaliers n’ayant que leurs bras à louer. Le même mot, « paysan », recouvre des vies très différentes.

Comment la lignée a-t-elle évolué ?

Regardez ensuite ce que sont devenues les générations suivantes, et ce qu’ont fait les uns et les autres au sein des fratries. On observe souvent des cassures : une branche qui prospère, une autre qui s’appauvrit, et dont les descendants rebondiront. Beaucoup d’aïeux ont quitté la terre au XIXe siècle ou dans la première moitié du XXe. Était-ce un choix porté par de nouvelles perspectives, ou une contrainte, faute d’autre solution, voire après la ruine de l’exploitation familiale ? Ces situations laissent parfois une empreinte sur le parcours des descendants.

Le métier se transmet-il ?

Chez les artisans, la transmission est souvent plus forte, car elle porte sur un savoir-faire valorisé. Mais, comme à la ferme, le métier était rarement choisi : le fils devait fréquemment succéder au père. Les praticiens observent que c’est l’attachement au métier, plus que le métier lui-même, qui permet aux descendants de s’y épanouir et de prendre des risques.

Que dit un métier que l’on ne connaît pas ?

Si la profession d’un aïeul a été oubliée alors que l’on connaît bien le reste de sa vie, cela peut signaler un métier dévalorisé. Cela peut aussi traduire un désaccord : des enfants qui ne voulaient pas suivre la même voie ont peut-être laissé ce souvenir s’effacer. C’est une hypothèse, pas une règle.

Et les femmes ?

Le travail des femmes est souvent invisible dans les documents anciens : les actes mentionnent « sans profession » alors qu’elles travaillaient à la ferme, à l’atelier, à domicile ou comme domestiques. Ne concluez jamais qu’une ancêtre ne travaillait pas parce que son métier n’est pas écrit.

Comment faire ses recherches généalogiques : le guide pratique

Prolonger, se rattacher, réparer, s’opposer : quatre façons de se situer

Prolonger

Exercer le même métier que ses parents et ses grands-parents peut relever d’une belle tradition familiale. Cela peut aussi traduire un blocage : comme pris en étau par le contexte professionnel de son arbre, on n’ose pas s’en affranchir.

Se rattacher

Choisir le métier d’un ancêtre en particulier peut témoigner du désir de se rattacher à une branche ou à une personne de l’arbre : une affection pour cette personne si on l’a connue, une identification plus discrète, ou une manière de s’opposer à ses propres parents.

Réparer

Certains métiers seraient choisis en réponse à une souffrance présente dans l’arbre : on parle alors de métiers de réparation. Avant de lire le tableau qui suit, une précaution s’impose : ce ne sont pas des équivalences. À force de chercher des liens, on finit toujours par en trouver, comme le rappelle l’article sur les dangers de la psychogénéalogie. Un métier de la santé ne signifie pas qu’un ancêtre a été mal soigné : c’est une question que l’on peut se poser, parmi beaucoup d’autres.

MétierQuestion que l’on peut se poser
Avocat, juge, policierY a-t-il eu une injustice ou un crime dans la famille ?
Métiers de la santéUn ancêtre a-t-il manqué de soins ?
Métiers du socialY a-t-il eu un abandon, un placement, un enfant confié ?
Banque, financeQuelle place l’argent a-t-il eue dans la famille ? Y a-t-il eu une faillite ?
Écrivain, journalisteQuelque chose n’a-t-il pas pu se dire, un secret de famille ?
Artiste, comédienY a-t-il eu un manque de reconnaissance ?
Métiers de boucheLa famille a-t-elle connu la faim ou la disette ?

Peur de manquer d’argent : ce que l’histoire familiale peut éclairer

S’opposer ou changer de voie

Quand une reconversion n’est pas la conséquence d’une restructuration économique, elle peut traduire un désaccord avec l’environnement familial. Un fils de famille devenu banquier ou médecin pour répondre aux attentes de ses parents, et qui abandonne tout sur le tard pour devenir photographe ou restaurateur, en est un exemple typique. Socialement, ce changement peut passer pour une régression. Il réalise pourtant souvent un désir mis de côté, et ce qu’il transmettra sera sans doute plus léger.

Ne pas trouver sa place : quand l’histoire familiale pèse sur votre identité

Le contexte historique avant toute interprétation

Avant de chercher un sens psychologique, replacez chaque trajectoire dans son époque. Un ancêtre qui change trois fois de métier n’est pas forcément instable : il a peut-être traversé une crise, une guerre, la fermeture d’une usine.

PériodeRepères et question à se poser
XIXe siècleExode rural et industrialisation. Première loi limitant le travail des enfants en usine (1841), liberté syndicale (1884), renforcement de l’inspection du travail (1892). Un ancêtre a-t-il quitté la terre pour l’usine ou la ville, et dans quelles conditions ?
1900-1919Repos hebdomadaire (1906), premier Code du travail (1910), journée de huit heures (1919). Ces droits existaient-ils pour mes aïeux au moment où ils travaillaient ?
1914-1918Les femmes remplacent les hommes aux champs et à l’usine, le travail administratif se développe. Une ancêtre a-t-elle travaillé à cette époque, puis est-elle retournée au foyer ?
1936-1945Congés payés (1936), Sécurité sociale (1945). Quelle protection sociale existait pour cette génération ?
Trente GlorieusesReconstruction, essor du salariat et des services, poursuite de l’exode rural. Qui a quitté la ferme ou l’atelier familial, et pourquoi ?
1965La loi du 13 juillet 1965 permet aux femmes mariées de travailler et d’ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur mari. Jusque-là, quelle place avait le travail des femmes de ma famille ?
Années 1970-1980Chocs pétroliers, chômage, désindustrialisation, régions sinistrées, reconversions vers les services. Une usine ou une activité a-t-elle fermé ? Qui a dû se reconvertir ?
Depuis les années 1990Numérique, internet, télétravail. Quelles nouvelles formes de travail dans ma génération ?

Réussir, mais à quel prix ? La question de la mobilité sociale

Le sociologue Vincent de Gaulejac a forgé la notion de névrose de classe dans un livre du même nom (1987) : les conflits psychologiques liés à un changement de position sociale, promotion comme déclassement, lorsqu’il fait écho à des tensions personnelles et familiales. On parle aussi de transfuge de classe pour désigner une personne qui a traversé l’espace social.

Un exemple fréquent : un fils d’ouvrier fait des études d’ingénieur, puis devient cadre dirigeant. Il comble les attentes de ses parents, mais il se place du même coup à distance de son milieu d’origine, dans lequel il ne se reconnaît plus tout à fait. S’il ne parvient pas à assumer ce passage, autrement dit à dépasser ses parents, il peut en souffrir. La honte, que Vincent de Gaulejac a également étudiée dans Les Sources de la honte (1996), joue souvent un rôle dans ce vécu.

La promotion sociale peut elle-même être portée par les projections des parents : on réussit pour eux, ou contre eux. C’est un autre visage de la question de la place que l’on occupe dans sa famille.

Un exemple pour comprendre

Karim, 44 ans, fils d’ouvrier, est devenu directeur dans une grande entreprise. Il enchaîne les réussites mais vit chaque promotion comme une imposture, et n’ose pas parler de son travail à ses parents. En construisant son génosociogramme, il reporte les métiers sur quatre générations : des journaliers, puis des ouvriers d’usine, et un grand-père licencié lors d’une fermeture de site dont la famille ne parlait jamais. Il réalise que, chez lui, la fierté du travail manuel allait de pair avec la crainte de trahir en montant dans l’échelle sociale. Mettre des mots sur ce silence lui permet de distinguer sa propre exigence de la loyauté qu’il portait, et de décider plus librement de la place qu’il veut prendre.

Les exemples présentés dans cet article sont des situations types, reconstituées pour illustrer le propos, dans le respect de la confidentialité de mon accompagnement.

Ce que cette lecture peut dire, et ce qu’elle ne peut pas dire

La psychogénéalogie des métiers est une approche clinique, née de l’observation en séance : ses hypothèses n’ont pas été démontrées, et vous pouvez le vérifier dans l’article consacré à ce que disent les recherches. Le poids du milieu d’origine sur les trajectoires, lui, est documenté depuis longtemps par la sociologie, de Pierre Bourdieu à Vincent de Gaulejac. L’influence de la famille sur le choix d’un métier est donc réelle, mais elle n’est jamais une fatalité, et elle n’explique pas tout.

Épuisement professionnel : d’abord un avis médical

Un burn-out tient d’abord aux conditions de travail et relève d’un suivi médical. L’histoire familiale ne l’explique pas, et la psychogénéalogie ne le soigne pas : elle peut seulement éclairer le sens que vous donnez à votre travail, en complément, jamais à la place des soins. Si vous êtes à bout, parlez-en à votre médecin. En cas de pensées suicidaires, le 3114 répond gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7.

Comment explorer les métiers de votre arbre, chez vous

Voici une démarche simple pour commencer. Elle ne remplace pas un accompagnement, mais elle permet déjà de repérer des mouvements.

  1. Relevez le métier de chacun dans les actes de naissance, de mariage et de décès, qui le mentionnent presque toujours. Pour les femmes, cherchez au-delà de la mention « sans profession ».
  2. Reportez-les sur le génosociogramme, avec les dates et les lieux.
  3. Précisez les conditions : propriétaire ou journalier, salarié ou indépendant, artisan, ouvrier, domestique ?
  4. Comparez les générations et les fratries : qui reste, qui change de métier, qui s’élève, qui s’appauvrit ? Y a-t-il des cassures ?
  5. Replacez chaque changement dans son époque (guerre, crise, fermeture d’usine, exode rural) avant d’en chercher le sens.
  6. Notez les silences : un métier dont plus personne ne parle, un départ vécu comme une trahison, une réussite qui n’a jamais été fêtée. Des dates reviennent-elles, comme dans le syndrome d’anniversaire ?
  7. Posez-vous trois questions : mon métier m’a-t-il été donné, ou l’ai-je choisi ? Puis-je y être moi-même, et pas la copie d’un ancêtre ? Est-il une preuve ou une revanche face aux choix de mes parents ?

Si ce que vous découvrez, une ruine, une honte, un secret de famille, vous bouleverse, mieux vaut ne pas rester seule ou seul avec cela : parlez-en à un professionnel.

Des métiers qui sont aussi des ressources

Les métiers de vos ancêtres ne sont pas que des empêchements. Un savoir-faire, un goût du travail bien fait, un courage, une capacité à rebondir après une ruine : tout cela se transmet aussi, et peut servir de point d’appui.

En séance, nous construisons ensemble votre génosociogramme et nous y reportons les métiers, génération après génération. Les séances durent une heure, en visio. Elles ne remplacent pas un suivi médical ou psychologique, et je ne pose aucun diagnostic.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la psychogénéalogie des métiers ?

C’est une façon d’explorer les métiers de ses ancêtres, leurs conditions de travail et la manière dont le travail a été vécu et raconté dans la famille, pour mieux comprendre sa propre trajectoire professionnelle. Elle repose sur l’observation clinique, pas sur une preuve scientifique.

Pourquoi est-ce que je fais le même métier que mon père ?

Il peut y avoir des raisons très concrètes : la transmission d’un savoir-faire, une entreprise familiale, un réseau, des attentes. Du côté de l’histoire familiale, la question est de savoir s’il s’agit d’une tradition choisie ou d’un chemin que vous n’avez pas osé quitter.

Peut-on changer de métier à cause de son histoire familiale ?

Une reconversion tient souvent à des raisons économiques ou personnelles. Quand ce n’est pas le cas, elle peut traduire un désaccord avec l’environnement familial, ou le désir de réaliser un projet mis de côté pour répondre aux attentes des siens.

Qu’est-ce qu’un métier de réparation ?

On appelle ainsi un métier qui aurait été choisi en réponse à une souffrance de l’arbre familial : une injustice, un manque de soins, un abandon, une faillite. C’est une hypothèse de lecture, jamais une certitude : on trouve toujours des liens quand on en cherche.

Qu’est-ce que la névrose de classe ?

C’est une notion du sociologue Vincent de Gaulejac (1987) qui décrit les conflits psychologiques liés à un changement de milieu social, par promotion ou par déclassement, quand ils font écho à des tensions personnelles et familiales.

L’histoire familiale peut-elle expliquer un burn-out ?

Non. L’épuisement professionnel tient d’abord aux conditions de travail et relève d’un suivi médical. La psychogénéalogie peut éclairer le sens que vous donnez à votre travail, en complément, jamais à la place des soins.

Et si vous commenciez par en parler ?

Si ces questions de métier, de réussite ou de place professionnelle vous accompagnent depuis longtemps, l’appel découverte, offert et par téléphone, permet de faire connaissance et de voir si cet accompagnement vous correspond.

Pour aller plus loin

  • Véronique Tison, « Ce que les métiers révèlent en nous », Revue française de Généalogie, n° 194, juin-juillet 2011.
  • Vincent de Gaulejac, La Névrose de classe (1987, réédité chez Payot & Rivages) et Les Sources de la honte (Desclée de Brouwer, 1996).
  • Anne Ancelin Schützenberger, Aïe, mes aïeux ! (Desclée de Brouwer, 1993).
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