Des histoires qui se répètent, des sujets dont on ne parle jamais, des peurs qui semblent venir de plus loin que soi : l’expression « mémoire transgénérationnelle » est souvent employée pour parler de ce qu’une famille transmet sans le dire. Elle intrigue, et suscite aussi beaucoup d’affirmations invérifiables.
Cet article fait le point sur ce que recouvre cette notion, sur la manière dont les transmissions familiales s’opèrent, et sur ce que l’analyse transgénérationnelle peut vous apporter pour les apaiser.
En résumé
La « mémoire transgénérationnelle » est une image : elle désigne ce qui se transmet d’une génération à l’autre sans avoir été dit ni compris, et non un souvenir inscrit dans le corps.
Cette transmission passe par les paroles, les silences, les loyautés et les rôles familiaux.
L’apaiser, c’est d’abord la connaître : retracer l’histoire familiale, mettre des mots sur ce qui a été tu, et distinguer ce qui vous appartient de ce que vous avez reçu.
Qu’est-ce que la mémoire transgénérationnelle ?
Ce qui se transmet sans être dit
Des psychanalystes comme René Kaës ou Évelyne Granjon distinguent deux formes de transmission. La transmission intergénérationnelle concerne ce qui est raconté et partagé entre générations proches : souvenirs, valeurs, savoir-faire. La transmission transgénérationnelle concerne ce qui traverse les générations sans avoir été mis en mots : un deuil, une honte, un secret, une épreuve restée indicible.
Parler de « mémoire » est donc une façon imagée de dire qu’une famille garde la trace de son histoire, y compris de ce qu’elle a préféré taire.
Et la « mémoire cellulaire » ?
On lit souvent que nos cellules porteraient les souvenirs de nos ancêtres. Cette idée ne correspond à aucune réalité scientifique établie. Des recherches en épigénétique, surtout menées chez l’animal, suggèrent qu’un stress intense pourrait influencer la biologie des générations suivantes, mais elles ne montrent pas que des souvenirs, des peurs précises ou des comportements se transmettraient par les gènes.
Psychogénéalogie et sciences : ce que disent les recherches
Comment se transmet la mémoire transgénérationnelle ?
Les phrases et les croyances familiales
« Dans cette famille, on ne réussit jamais », « les hommes finissent toujours par partir », « l’argent ne fait que des problèmes » : répétées de génération en génération, ces phrases façonnent la manière dont chacun envisage sa vie, souvent sans qu’on s’en rende compte.
Les secrets et les non-dits
Nicolas Abraham et Maria Torok ont décrit comment un drame tu dans une génération peut laisser, dans les suivantes, un malaise difficile à nommer, ce qu’ils appelaient un « fantôme ». Ce n’est pas l’événement qui se transmet, mais le silence et la gêne qui l’entourent.
Secrets de famille : ces transmissions invisibles
Les loyautés et les places dans la famille
Le psychiatre Ivan Böszörményi-Nagy a décrit les « loyautés invisibles » : des fidélités inconscientes qui peuvent conduire à reproduire le parcours d’un parent, à s’interdire de le dépasser, ou à prendre une place qui n’est pas la sienne, comme celle d’un enfant disparu.
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Les dates et les prénoms
Anne Ancelin Schützenberger a observé que certains événements semblaient se reproduire à des dates ou à des âges proches d’une génération à l’autre : c’est le syndrome d’anniversaire. Les prénoms transmis, notamment celui d’un défunt, peuvent aussi porter une part de l’histoire familiale. Ces observations sont des pistes à explorer, pas des lois.
Quand s’y intéresser ?
Nous héritons tous d’une histoire familiale, et elle n’est pas un problème en soi. Elle peut mériter d’être explorée lorsque :
- des situations semblables se répètent dans votre vie ou dans votre famille ;
- certaines peurs ou réactions vous semblent démesurées par rapport à ce que vous avez vécu ;
- vous avez le sentiment de ne pas trouver votre place ;
- une génération précédente a traversé une épreuve grave dont on ne parle pas ;
- un événement de votre vie (naissance, deuil, séparation) réveille des questions sur votre famille.
Comment apaiser la mémoire transgénérationnelle ?
Retracer l’histoire familiale
Le génosociogramme est un arbre généalogique enrichi des événements marquants : dates, lieux, métiers, unions, séparations, décès et leurs circonstances. Il permet de repérer les répétitions, les coïncidences et les zones de silence.
Questionner vos loyautés
Quelques questions peuvent vous aider à réfléchir :
- Qu’est-ce que je reproduis, peut-être par fidélité à ma famille ?
- Qu’est-ce que je crains s’il m’arrivait de faire autrement ?
- Comment reconnaître ce que mes aïeux ont vécu, tout en vivant ma propre vie ?
Mettre des mots sur ce qui a été tu
Interroger ses proches quand c’est possible, consulter des archives, formuler des hypothèses et les confronter à ce que l’on apprend : donner une place à ce qui a été vécu permet souvent d’alléger ce qui pesait sans nom. Certaines personnes trouvent aussi utile d’écrire, par exemple une lettre qui ne sera pas envoyée à un aïeul dont l’histoire les touche.
Vous réapproprier votre histoire
Comprendre d’où viennent certaines peurs ou certains choix ne les fait pas disparaître du jour au lendemain. Mais cela permet souvent de s’en distancier, et de décider plus librement de ce que vous souhaitez garder de votre héritage.
Un exemple pour comprendre
Un homme remarque que, dans sa famille, les hommes quittent leur foyer quand leur premier enfant a environ trois ans. Il devient père et redoute de reproduire ce schéma. En construisant son génosociogramme, il découvre que son arrière-grand-père a été mobilisé quand son fils avait cet âge, et n’est jamais revenu. Cette découverte ne décide de rien à sa place, mais l’aide à comprendre sa peur et à en parler avec sa compagne.
Les exemples présentés dans cet article sont des situations types, reconstituées pour illustrer le propos, dans le respect de la confidentialité de mon accompagnement.
Un outil, pas une solution miracle
La psychogénéalogie ne « déprogramme » rien et ne « purifie » aucune lignée. Méfiez-vous des approches qui promettent de vous libérer de vos ancêtres par des affirmations, des rituels ou des soins dits énergétiques.
Elle a aussi ses limites : l’histoire familiale n’explique pas tout, et elle ne doit servir ni à tout justifier, ni à accuser vos proches. Elle ne remplace pas un suivi médical ou psychologique, et je ne pose aucun diagnostic.
Nettoyage transgénérationnel : ce qu’il recouvre vraiment
Les séances durent une heure, en visio, toutes les trois à quatre semaines, sans engagement de durée.
Si vous traversez une grande détresse ou des idées noires, parlez-en sans attendre à votre médecin. En cas de pensées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7.
Explorer votre histoire familiale
Si certaines répétitions ou certains silences de votre famille vous interrogent, l’appel découverte, offert et par téléphone, permet de faire connaissance et de voir si cet accompagnement vous correspond.



