Un grand-père revenu de la guerre qui n’en a jamais parlé, une famille qui a dû tout quitter pour s’installer ailleurs, un deuil brutal que personne n’a pu évoquer : les grandes épreuves d’une génération ne disparaissent pas toujours avec ceux qui les ont vécues. On parle parfois de blessure transgénérationnelle, ou de traumatisme transgénérationnel, pour désigner la trace qu’elles peuvent laisser chez les descendants.
Cette idée mérite d’être prise au sérieux, mais aussi nuancée : une épreuve familiale n’est pas une condamnation, et la plupart des descendants de personnes éprouvées vont bien. Voici ce que l’on sait, et ce que la psychogénéalogie peut vous apporter si cette question vous concerne.
En résumé
Une blessure transgénérationnelle désigne l’influence possible d’une épreuve grave vécue par une génération sur les suivantes : guerre, exil, violence, deuil, misère.
Ce qui se transmet le plus clairement, ce sont les silences, le climat familial et les manières de se protéger. Les recherches montrent aussi une grande capacité de résilience.
La psychogénéalogie peut vous aider à connaître cette histoire et à comprendre ce qu’elle a pu laisser. Un traumatisme que vous avez vécu vous-même relève d’abord de soins spécialisés.
Qu’appelle-t-on une blessure transgénérationnelle ?
Le terme n’est pas un diagnostic. Il désigne l’idée qu’un événement traumatique, lorsqu’il n’a pas pu être dit, reconnu ou élaboré par ceux qui l’ont vécu, peut continuer à peser sur leurs enfants et petits-enfants, parfois sans qu’ils connaissent l’événement lui-même.
Des psychanalystes comme Nicolas Abraham et Maria Torok ont décrit ce phénomène à travers la notion de « fantôme » : ce n’est pas le drame qui se transmet, mais le silence et l’indicible qui l’entourent. Anne Ancelin Schützenberger a ensuite fait connaître ces travaux au grand public.
Les grandes épreuves de l’Histoire dans les familles
Beaucoup de familles françaises ont traversé des événements collectifs d’une grande violence : les deux guerres mondiales, la déportation, les guerres coloniales et la guerre d’Algérie, les exils et les migrations forcées, la pauvreté extrême. S’y ajoutent des drames plus intimes : abandons, placements, violences, morts d’enfants.
Ceux qui les ont vécus ont souvent choisi de se taire, pour protéger leurs proches, par pudeur, par honte, ou parce que les mots manquaient. Leurs enfants ont grandi avec ce silence, en percevant parfois qu’il cachait quelque chose.
Secrets de famille : ces transmissions invisibles
Ce que dit la recherche
Une transmission possible, mais pas une fatalité
Les enfants et petits-enfants de survivants de la Shoah ont fait l’objet de nombreuses études. Deux grandes synthèses, publiées en 2003 puis en 2008 et regroupant des dizaines de travaux, n’ont pas trouvé de difficultés psychologiques plus fréquentes chez ces descendants, lorsqu’on les compare à la population générale. Des difficultés apparaissent surtout chez des personnes qui étaient déjà en souffrance ou en consultation.
Ces résultats rappellent une chose importante : une histoire familiale douloureuse peut peser, mais elle ne détermine pas une vie. Le psychiatre Boris Cyrulnik a largement fait connaître en France la notion de résilience, cette capacité à se construire malgré les épreuves.
L’épigénétique : une piste, pas une preuve
Des travaux en épigénétique, menés surtout chez l’animal, suggèrent qu’un stress intense pourrait influencer la biologie des générations suivantes. Chez l’être humain, les études restent peu nombreuses et discutées. Elles ne montrent pas que des souvenirs ou des traumatismes précis se transmettraient par les gènes, et la « mémoire cellulaire » ne correspond à aucune réalité scientifique établie.
Psychogénéalogie et sciences : ce que disent les recherches
Ce qui se transmet le plus clairement
La transmission passe surtout par la vie de famille : un parent resté très anxieux, une méfiance envers l’extérieur, une difficulté à exprimer ses émotions, des sujets dont on ne parle pas, des règles de survie devenues des habitudes (« il ne faut jamais rien jeter », « il ne faut pas se faire remarquer »). Ces manières d’être avaient un sens pour ceux qui ont vécu l’épreuve. Elles peuvent en avoir moins pour vous aujourd’hui.
Quand s’intéresser à cette question ?
Il n’existe pas de signe qui prouverait une blessure transgénérationnelle. Certaines situations peuvent toutefois inviter à explorer l’histoire familiale :
- vous savez qu’une génération précédente a traversé une épreuve grave, dont on ne parle pas ou très peu ;
- certaines peurs ou réactions vous semblent démesurées au regard de votre propre vie ;
- des situations semblables se répètent d’une génération à l’autre ;
- un événement de votre vie (naissance, deuil, départ) réveille une émotion que vous ne comprenez pas.
Les angoisses de ses ancêtres : comprendre ce qui se transmet
Si vous avez vous-même vécu un traumatisme
Cauchemars, souvenirs qui s’imposent, évitement, état d’alerte permanent après un événement violent : ces signes peuvent correspondre à un trouble de stress post-traumatique, qui se soigne. Parlez-en à votre médecin, à un psychiatre ou à un psychologue formé au psychotraumatisme. Des thérapies comme l’EMDR ou les thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma sont recommandées par l’Organisation mondiale de la santé.
Ce que la psychogénéalogie peut vous apporter
Connaître l’histoire de votre famille
Le génosociogramme replace chaque génération dans son contexte historique : où vivaient vos aïeux, quels événements ont-ils traversés, à quel âge ? Les archives, les registres militaires ou les témoignages de proches encore en vie permettent souvent de compléter ce que la famille n’a pas transmis.
Comment faire ses recherches généalogiques
Mettre des mots sur ce qui a été tu
Comprendre ce que vos grands-parents ont vécu permet souvent de regarder autrement leurs silences, leurs réactions, et ce qui a pu vous être transmis. Ce n’est pas une façon de les juger, mais de reconnaître ce qu’ils ont traversé.
Distinguer hier et aujourd’hui
Une peur, une règle ou une méfiance héritée avait un sens dans un contexte de guerre ou de misère. Le reconnaître vous aide à mesurer ce qui correspond encore à votre vie, et ce que vous pouvez choisir de faire autrement.
Un exemple pour comprendre
Une femme ne supporte pas les portes fermées à clé et vérifie sans cesse que ses enfants sont en sécurité. Son grand-père, dont on disait seulement qu’il avait « fait la guerre », a en réalité été prisonnier pendant plusieurs années. Découvrir cette histoire dans les archives ne fait pas disparaître son inquiétude, mais l’aide à la comprendre, à en parler avec sa mère, et à se sentir moins étrangère à elle-même.
Les exemples présentés dans cet article sont des situations types, reconstituées pour illustrer le propos, dans le respect de la confidentialité de mon accompagnement.
Ce qu’il vaut mieux éviter
- Les promesses de « libération » ou de « nettoyage » : aucune approche ne peut effacer une histoire familiale.
- L’hypnose dite « régressive » présentée comme un moyen de retrouver les souvenirs de ses ancêtres : elle peut favoriser la construction de faux souvenirs.
- Les interprétations toutes faites qui expliqueraient une maladie ou un trouble par un traumatisme familial.
Les dérives de la psychogénéalogie à connaître
Les séances de psychogénéalogie durent une heure, en visio, toutes les trois à quatre semaines. Elles ne remplacent pas un suivi médical ou psychologique, et je ne pose aucun diagnostic.
Si vous traversez une grande détresse ou des idées noires, parlez-en sans attendre à votre médecin. En cas de pensées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7.
Connaître l’histoire dont vous venez
Si l’histoire de votre famille comporte des zones de silence qui vous interrogent, l’appel découverte, offert et par téléphone, permet de faire connaissance et de voir si cet accompagnement vous correspond.



